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Le Père Gustave Martelet

 

Il me revient le plaisir, l’honneur et le redoutable privilège de vous présenter de manière concise la vie et l’œuvre du Père Martelet. En étudiant l’une et l’autre (je connais mieux la seconde que la première), il m’a semblé que l’une ne peut aller sans l’autre. Il existe des œuvres théologiques tellement intemporelles que la biographie de l’auteur importe peu. À l’inverse, certains personnalités théologiques sont tellement présentes dans leur œuvre que leur contenu de pensée disparaît derrière l’ego de son producteur. Dans le cas du P. Martelet, il me semble percevoir une théologie qui est indissociable de l’homme et qui, pourtant, peut se communiquer largement.

 

Le Père Gustave Martelet est né à Lyon, alors que la première guerre mondiale battait son plein, le 24 septembre 1916. Son entrée dans le monde, accompagné par un frère jumeau, est marquée par une absence, celle de son père, décédé presque neuf mois auparavant. C’est déjà ce contraste de la vie et de la mort, de la vie qui triomphe de la mort, qui est présent, et qui ne cessera d’accompagner sa réflexion.

1934 marque son entrée au séminaire de Lyon, juste à la fin de ses études secondaires. C’est une double étape, car l’engagement dans une forme de vie sacerdotale correspond à une rencontre décisive du Christ. Le Jeudi saint 1934, la lecture du Mystère de Jésus de Pascal lui ouvre un nouvel horizon. On pourrait dire que le Christ vivant fait irruption dans sa vie, le Christ du mystère eucharistique, du pain et du vin partagés. Il semble bien que cet événement soit décisif et commande la forme qu’il donnera ultérieurement à sa recherche théologique.

La rencontre personnelle du Christ ne le détourne pas d’un profond intérêt pour le monde environnant et sa culture. Le jeune Gustave Martelet rêve déjà de réconcilier la foi et la culture. Il ne s’agit pas d’adapter la foi au monde, à la culture ambiante, encore moins de « moderniser » la foi, mais il s’agit d’être cohérent avec le mystère de l’incarnation, celui d’un Dieu-homme. Si nous n’avons pas d’autre accès à Dieu que par une personne humaine, le Christ, rien de ce qui est authentiquement humain ne peut être étranger à Dieu.

Cela le conduit presque naturellement vers la Compagnie de Jésus, rencontrée par la médiation de quelques jésuites. L’entrée au noviciat de la Compagnie, en 1935, lui permet de continuer à creuser ces deux lignes, sans confusion et sans séparation : un intérêt pour le monde et sa culture ; une foi ardente dans le Christ fondement du monde. La pratique des Exercices spirituels lui montre clairement qu’il n’y a nulle opposition entre ces lignes. Teilhard n’est pas loin.

De nouveau, c’est la guerre. Et de nouveau, c’est la rencontre de la mort. Gustave Martelet perd deux de ses frères, dont son jumeau, en mai 1940.

Une autre rencontre sera décisive, celle de la science, par la médiation du jésuite qui lui enseigne l’histoire de cette discipline. La science est une dimension de la culture, et une dimension décisive pour l’homme de la modernité. Gustave Martelet perçoit que la science n’est pas d’abord une construction théorique, abstraite, qui recouvrirait la matière du voile des symboles ou qui figerait le mouvement de la vie dans un réseau serré de lois immuables. La science, c’est, comme il le dit, l’intelligence du sensible. Ce qui perçut affectivement, ce qui est éprouvé corporellement de la chair du monde, pour reprendre l’expression de Merleau-Ponty, peut recevoir une certaine intelligibilité. L’esprit humain peut tenter de comprendre ce qui s’y joue.

Ce goût pour la science rencontre l’intérêt et l’acquiescement de ses supérieurs. La science en question, ce sera plutôt la paléontologie, selon les recommandations de l’un des grands savants jésuites du 20e siècle, le P. Lejay. Dans le même temps, il rencontre le P. Teilhard de Chardin, qui aura sur lui l’influence de que l’on sait. Ainsi, à partir de 1945, Gustave Martelet se lance avec sa passion coutumière dans le parcours qui conduit à la licence de paléontologie.

La paléontologie est une discipline qui s’intéresse à l’humain. Elle est au croisement des sciences de l’homme et des sciences de la nature. L’homme est-il un être de nature ? Oui et non. L’homme est issu de la nature mais ne devient vraiment humain « que par vouloir, culture et décision ».

Ce parcours scientifique terminé, il lui reste à compléter sa formation théologique. Si la théologie de l’époque reste encore marquée par une néo-scolastique plutôt formelle, l’étude de l’Écriture et des Pères de l’Église commence à s’implanter durablement. La lecture de l’Écriture est une composante fondamentale de la théologie du P. Martelet. Elle est à ses yeux la « chaussée sur laquelle progresse la foi ». Ce ne sont pas tant les constructions dogmatiques qui l’intéressent, que la réflexion qui donne accès au Christ.

Après une thèse de théologie soutenue à l’Université grégorienne de Rome, Gustave Martelet a bientôt l’occasion d’exprimer cela dans un enseignement qui débute en 1952 à Lyon-Fourvière, enseignement qui se prolongera au Centre Sèvres à Paris, lorsque la faculté de théologie des jésuites français s’y installera en 1975, après son départ de Lyon. Le contexte théologique de ces années est pesant. Nous sommes en effet deux ans après les mesures prises en haut lieu entraînant le départ de plusieurs théologiens de renom. Cela n’empêche pas le jeune enseignant d’élaborer progressivement sa propre pensée. En cohérence avec son parcours antérieur, sa théologie n’est pas une métaphysique religieuse, détachée de la vie effective, mais une intelligibilité du mystère de Dieu comme amour. C’est ce que l’Écriture lui a révélé. Nous sommes aux antipodes d’une philosophie de l’Être suprême ou du Grand architecte de l’univers, aussi respectables soient par ailleurs ces appellations. Le Dieu qui se donne à entendre dans l’Écriture est un Dieu de relation, un Dieu qui entre en relation avec les personnes humaines, chacune prise dans sa singularité existentielle.

Le premier ouvrage publié (en 1962) est sous-titré « éléments d’anthropologie chrétienne » et son titre est « Victoire sur la mort ». J’aimerais m’y arrêter quelques instants. Tel est d’emblée présenté le cœur de sa théologie : la vie humaine n’est pas tant sous le signe de la mort (cf. le zum Tode de Heidegger) que sous celui de la victoire sur la mort acquise définitivement par la résurrection du Christ.

C’est d’emblée la question de l’homme qui est posée. S’y croisent des considérations tirées des sciences humaines (ce que l’homme dit de lui-même) et des considérations tirées de la révélation chrétienne (ce que Dieu dit de l’homme), sans nécessaire opposition entre elles. Il y aurait opposition si les premières se considéraient comme autonomes (la connaissance empirique épuisant ce que nous pouvons dire au sujet de l’homme) et donc pensaient pouvoir se passer des secondes. À l’inverse, la confession d’un Dieu créateur de l’homme ne réduit pas ce dernier à une marionnette (pour reprendre une image de Platon) : « Loin de faire de l’homme un otage de Dieu par la nature, la création de l’homme par Dieu fait de la nature une condition de sa grandeur », selon une belle formule où l’on reconnaît immédiatement le « style » de l’auteur.

La condition humaine est prise dans sa concrétude et, en particulier, dans sa mortalité. L’auteur s’affronte au drame de la mort, dont de nombreuses doctrines, tant matérialistes qu’idéalistes, veulent s’affranchir. La vie n’est pas atteinte par évitement de la mort, mais par sa traversée, que la résurrection du Christ a ouverte. La clé de l’anthropologie est dans la contemplation du « dernier Adam » : « en Lui seul le genre humain tout entier peut trouver l’énigme résolue de son histoire et de sa génération, puisque Seul Ressuscité de notre histoire, il est aussi le Seul qui soit pour des mortels “le Prince de la vie” ».

Le thème de la résurrection fait l’objet d’un ouvrage important, Résurrection, eucharistie et genèse de l’homme, publié en 1972.

Un nouvel événement marque son parcours théologique, sa participation au concile Vatican II, d’où il tirera son célèbre « Idées maîtresses de Vatican II », publié à l’issue du concile en 1966 et réédité en 1985. Il n’a que 46 ans lorsqu’il y est envoyé comme expert, côtoyant les références théologiques d’alors, les Congar, de Lubac, Rahner, Ratzinger, Küng, Chenu et bien d’autres. Il reviendra sur cet événement dans un ouvrage plus récent, N’oublions pas Vatican II, publié en 1995 et réédité encore récemment.

Les débats postconciliaires l’invitent à se plonger dans la question disputée du sacerdoce. De ces travaux, vont sortir trois gros volumes érudits sur l’histoire du sacerdoce, Deux mille ans d’Église en question, qui restent une somme de référence pour qui veut étudier ce domaine.

L’intérêt pour l’homme n’est pas perdu, toujours autour de la question du salut (L’au-delà retrouvé en 1995) et de celle du péché originel (Libre réponse à un scandale, plusieurs fois réédité et traduit).

Je laisserai à Hilaire Giron le soin de présenter un autre aspect important de l’œuvre du P. Martelet, sa relation à la personne et à la pensée de Teilhard, illustrée par deux ouvrages plus récents. Je mentionnerai pour terminer cette liste non exhaustive, le premier tome de son « traité de la création », Evolution et création. Sens ou non-sens de l’homme dans la nature ?, où le souci de dialogue avec les sciences s’affirme pleinement.

 

L’enseignement de Gustave Martelet s’accompagne ainsi de nombreuses publications. C’est le lot de tout enseignant-chercheur. Son œuvre est marquée par une grande cohérence. Bien que ses ouvrages soient souvent le fruit des circonstances, les thèmes développés s’engrènent naturellement les uns sur les autres et constituent un ensemble qui présente une théologie forte pour aujourd’hui. On comprend son profond enracinement dans un enseignement, c’est-à-dire une parole communiquée, qui ouvre un dialogue, qui donne la parole. Il faut mentionner ses très nombreuses conférences, en particulier celles destinées à un auditoire d’étudiants qu’il a su initier à la réflexion théologique (qui ont donné lieu à plusieurs ouvrages dans la collection « Foi vivante »). Ses livres sont, en quelque sorte, des conversations prolongées avec son lecteur. Le dialogue poursuivi avec la science n’est pas synonyme de desséchement mental. Le fait que sa discipline de prédilection soit la paléontologie y aide certainement.

Ce que je voudrais relever pour terminer, c’est que ces publications visent à procurer une intelligence de la foi, mais une intelligence accessible. Gustave Martelet ne se laisse pas prendre par la fascination des brillantes constructions intellectuelles qui peuvent séduire un public avide de nouveautés. Sa théologie est une théologie de la rencontre, du contact humain. Il est heureux que le fêtions dans le cadre d’une rencontre qui rassemble tant de ses amis.

 

François Euvé sj

rédacteur en chef de la revue Les Etudes

 

 

 

Conférence Père Martelet
 
Conférence Père Martelet